L’édition génétique et votre santé : ce que CRISPR pourrait signifier pour les familles
Pour la plupart des Canadiens, les percées en science médicale comptent non pas à cause de la technologie elle-même, mais pour ce qu’elles pourraient signifier pour la santé de leur famille. Des outils d’édition génétique comme CRISPR commencent à transformer la façon dont certaines maladies graves sont traitées – faisant passer la discussion d’une gestion à vie vers la possibilité d’une amélioration à long terme, voire d’une guérison. Alors que ce domaine autrefois expérimental devient une réalité clinique, comprendre la direction que prend la science aide les Canadiens à mieux anticiper l’avenir des soins, des options de traitement et l’évolution du paysage de l’assurance vie et santé.
L’édition génomique était autrefois perçue principalement comme un domaine plein de promesses, la technologie CRISPR suscitant un enthousiasme bien mérité alors que les résultats cliniques durables commençaient à peine à apparaître. Toutefois, ces dernières années, la situation a considérablement changé, révélant des avancées importantes et des impacts concrets.
CRISPR - « Clustered Regularly Interspaced Short Palindromic Repeats » (Courtes répétitions palindromiques groupées et régulièrement espacées) - est passé du stade de promesse expérimentale à celui de réalité clinique précoce. Cette technologie, mise au point par Jennifer Doudna et Emmanuelle Charpentier, récompensée par le prix Nobel de chimie en 2020, a depuis fait l’objet d’un raffinement rapide, améliorant à la fois la précision et la sécurité (1). Les nouvelles générations d’outils d’édition génomique permettent maintenant de cibler l’ADN sans créer de cassures double-brin, ce qui réduit les effets génétiques non désirés et améliore la constance thérapeutique (2).
L’évolution la plus marquante depuis 2021 est sans doute le passage des thérapies CRISPR des essais cliniques à l’approbation réglementaire. En 2023 et 2024, les premiers traitements à base de CRISPR contre la drépanocytose et la bêta-thalassémie ont obtenu l’approbation des autorités dans plusieurs juridictions, notamment au Royaume-Uni et aux États-Unis (3). Ces thérapies fonctionnent en modifiant les cellules souches hématopoïétiques pour rétablir une production saine d’hémoglobine, s’attaquant ainsi à la racine génétique de la maladie plutôt qu’à ses complications secondaires.
Ce progrès nous ramène à Victoria Gray.
Madame Gray a été la première personne au monde à recevoir une thérapie basée sur CRISPR pour la drépanocytose en 2019. Son résultat initial - plus d’un an sans crises douloureuses vaso-occlusives - était remarquable, mais demeurait précoce. Aujourd’hui, plus de cinq ans après le traitement, elle continue d’aller bien, avec une production soutenue d’hémoglobine saine et aucune réapparition des symptômes sévères de la maladie (4). Son cas est désormais largement cité comme preuve de concept que la thérapie CRISPR peut offrir des bienfaits durables et transformer la vie.
Au-delà de la drépanocytose, la recherche CRISPR s’est rapidement étendue en oncologie, aux troubles métaboliques héréditaires et aux maladies monogéniques rares. Les premiers essais explorent l’édition génétique in vivo, une étape qui pourrait considérablement élargir l’accès et simplifier les traitements (5). Parallèlement, la surveillance éthique et le suivi à long terme demeurent essentiels, surtout à mesure que l’édition génétique s’approche d’une utilisation clinique généralisée.
Du point de vue de l’assurance et de la sélection des risques, ces développements sont à la fois encourageants et complexes. Des maladies autrefois associées à une survie très réduite - et historiquement jugées non assurables - devront, avec le temps, être réévaluées. Comme pour l’insuline après sa découverte dans les années 1920, les premières percées ne se traduisent pas immédiatement par un risque assurable, mais elles changent les trajectoires (6). La question n’est plus de savoir si l’édition génomique fonctionne, mais à quel point ces thérapies seront durables, évolutives et accessibles.
Nous n’en sommes qu’au début de cette histoire. Les données à long terme demeurent limitées, les coûts sont importants et l’accès reste inégal. Pourtant, comparativement à il y a seulement quelques années, l’horizon n’est plus théorique. Pour des patientes comme Victoria Gray - et pour tant d’autres qui suivront - CRISPR est déjà passé du statut de percée scientifique à celui de réalité vécue.
Encore une fois, il y a de véritables raisons d’espérer.
Notes et références
1. Prix Nobel de chimie 2020. NobelPrize.org. 7 octobre 2020. 2. National Institutes of Health. « Base editing and prime editing: the next generation of CRISPR ». NIH.gov. 2022. Publié dans Trends Biotechnol 2021 Jul : Zeballos et Gaj 3. U.S. Food and Drug Administration. « FDA approves first gene-editing therapies for sickle cell disease ». FDA.gov. Décembre 2023. 4. National Institutes of Health. « Five-year follow-up of the first CRISPR-treated sickle cell patient ». NIH.gov. 2024. 5. New England Journal of Medicine. « In vivo CRISPR gene editing for human disease ». NEJM.org. 2023. 6. Bliss, M. « The Discovery of Insulin ». University of Chicago Press. (référence historique).
